Quand votre chiffre d’affaires grimpe, la première bonne nouvelle, c’est que votre activité marche. La deuxième, moins réjouissante, c’est que vous risquez de basculer dans le régime de la TVA sans l’avoir anticipé. Beaucoup d’auto-entrepreneurs découvrent cette obligation en recevant un courrier de l’administration, ou pire, en se faisant redresser. Pourtant, quelques repères simples et des gestes précis permettent d’éviter les mauvaises surprises. Voici ce qu’il faut vraiment savoir sur les seuils, la déclaration et les erreurs qui coûtent cher.
Franchise en base de TVA : le régime par défaut qui a ses limites
Quand vous créez votre micro-entreprise, vous profitez automatiquement de la franchise en base de TVA. Concrètement, vous facturez vos clients sans ajouter de TVA, et vous mentionnez sur vos factures la phrase « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». C’est un vrai confort : pas de déclaration de TVA à remplir, pas de reversement à l’État. Vos prix restent attractifs, surtout si vous travaillez avec des particuliers qui ne récupèrent pas la TVA.

Mais ce régime a un revers : vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur vos achats professionnels. Que vous achetiez un ordinateur, du matériel ou des fournitures, vous payez le prix TTC, sans pouvoir déduire les 20 % de TVA. Pour une petite activité, ce sacrifice est acceptable. Dès que votre chiffre d’affaires dépasse un certain seuil, le calcul change.
Les seuils de TVA à surveiller : ne les confondez pas avec les plafonds micro-entreprise
Beaucoup d’auto-entrepreneurs mélangent les plafonds du régime micro-entreprise (ceux qui font perdre le bénéfice du statut) et les seuils de la franchise en base de TVA. Ce sont deux choses distinctes. Les seuils de TVA sont plus bas que les plafonds micro-entreprise, et leur dépassement ne remet pas en cause votre statut, mais vous oblige à facturer la TVA.
Voici les seuils applicables pour la période 2024-2025 :
| Type d'activité | Seuil de franchise (en dessous, pas de TVA) | Seuil majoré (tolérance) |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, fourniture de logement | 91 900 € | 101 000 € |
| Prestations de services, professions libérales | 36 800 € | 39 100 € |
Le mécanisme est simple : si votre chiffre d’affaires annuel reste sous le seuil de franchise, vous restez en franchise de TVA. Si vous le dépassez, vous basculez dans le régime de la TVA. Mais il existe une tolérance : si vous dépassez le seuil de franchise sans atteindre le seuil majoré, vous pouvez encore rester en franchise pour l’année en cours. Ce n’est que si vous dépassez le seuil majoré que vous basculez immédiatement.
Un auto-entrepreneur en prestations de services qui réalise 38 000 € de chiffre d’affaires en 2024 : il dépasse le seuil de franchise (36 800 €) mais reste sous le seuil majoré (39 100 €). Il conserve la franchise en base de TVA pour 2024. En 2025, s’il refait 38 000 €, il bascule car le seuil de franchise est dépassé deux années consécutives.
Déclaration de TVA : les démarches à suivre en cas de dépassement
Quand vous basculez, vous devez le signaler à l’administration fiscale. La procédure se fait en ligne, sur votre espace professionnel impots.gouv.fr. Voici les étapes à ne pas rater :
- Connectez-vous à votre espace professionnel (si vous ne l’avez pas, créez-le).
- Allez dans la messagerie, cliquez sur « Écrire », puis sélectionnez « TVA et taxes annexes ».
- Choisissez l’option « Je formule une option » – attention, ne choisissez pas « Je demande un numéro de TVA intracommunautaire », c’est une erreur fréquente qui bloque la demande.
- Sélectionnez le régime fiscal : le régime réel normal est recommandé, avec des déclarations mensuelles ou trimestrielles. Le régime réel simplifié existe mais impose des acomptes et une régularisation complexe.
- Indiquez la date à laquelle vous souhaitez commencer à collecter la TVA. Cette date ne peut pas être future : elle correspond à la date d’envoi de votre demande ou à une date antérieure si vous avez déjà dépassé les seuils.
- Rédigez un message simple : « Bonjour, je souhaite opter pour l’assujettissement à la TVA à compter du . »
Une fois la demande validée, vous recevrez un numéro de TVA intracommunautaire. Vous devrez alors modifier vos factures : ajouter ce numéro, mentionner le prix HT et le montant de TVA, et supprimer la mention « TVA non applicable ».
Erreurs fréquentes qui coûtent cher
La première erreur, c’est de ne pas surveiller son chiffre d’affaires en cours d’année. Beaucoup d’auto-entrepreneurs découvrent le dépassement au moment de la déclaration annuelle, alors qu’ils facturent sans TVA depuis des mois. L’administration peut alors réclamer la TVA non collectée, avec des pénalités. Pour éviter cela, suivez votre chiffre d’affaires mois par mois, surtout si vous approchez des seuils.

Deuxième erreur : confondre les seuils de TVA avec les plafonds du régime micro-entreprise. Un prestataire de services qui dépasse 36 800 € ne perd pas son statut d’auto-entrepreneur. Il doit juste facturer la TVA. Beaucoup abandonnent leur activité par peur, alors qu’ils peuvent continuer.
Troisième erreur : oublier de récupérer la TVA sur les achats. Une fois que vous êtes assujetti, vous pouvez déduire la TVA sur vos dépenses professionnelles. Un ordinateur à 1 200 € TTC contient 200 € de TVA que vous récupérez. Si vous ne le faites pas, vous perdez de l’argent. Tenez une comptabilité claire de vos achats.
Quatrième erreur : choisir le mauvais régime de déclaration. Le régime réel simplifié semble plus simple, mais il impose deux acomptes annuels et une régularisation l’année suivante, ce qui peut déséquilibrer votre trésorerie. Le régime réel normal avec déclaration mensuelle est plus prévisible.
Faut-il opter volontairement pour la TVA ?
Certains auto-entrepreneurs choisissent de devenir redevables de la TVA avant d’avoir dépassé les seuils. C’est une décision stratégique, pas une obligation. L’avantage principal, c’est de pouvoir récupérer la TVA sur des investissements importants : achat de matériel, véhicule, outillage. Si vous avez de grosses dépenses à venir, l’option peut être rentable.
Mais attention : si vous travaillez surtout avec des particuliers, leur facturer 20 % de plus peut les faire fuir. Dans ce cas, rester en franchise est souvent plus judicieux. L’option volontaire se fait via la même procédure que le passage obligatoire, en sélectionnant « Je formule une option ».
Ce qu’il faut retenir pour éviter les ennuis
Le passage à la TVA n’est pas une punition, c’est une conséquence logique de la croissance. Mais il exige de l’anticipation. Surveillez vos seuils, surtout si vous êtes en prestations de services où le seuil est bas (36 800 €). Tenez un tableau de bord mensuel de votre chiffre d’affaires encaissé. Si vous approchez du seuil, préparez votre transition : ouvrez un espace professionnel sur impots.gouv.fr, et prévoyez de modifier vos factures.
Une fois que vous basculez, ne considérez pas la TVA comme une simple charge. Elle devient un outil de gestion. Récupérez-la sur vos achats, ajustez vos prix pour rester compétitif, et choisissez un régime de déclaration adapté à votre trésorerie. Si vous avez un doute, parlez-en à un expert-comptable spécialisé dans les micro-entreprises. Une consultation de 30 minutes peut vous éviter des années de régularisation.
Et si vous gérez aussi d’autres aspects de votre statut, comme les plafonds de chiffre d’affaires ou les cotisations, jetez un œil à notre guide sur le RSA pour auto-entrepreneur pour vérifier que vous ne passez pas à côté d’un droit. La gestion d’une micro-entreprise, c’est un puzzle : chaque pièce compte, et la TVA n’est qu’une pièce parmi d’autres.



