Vous venez de facturer 1 000 €. Dans quelques jours, l'argent arrive sur votre compte. Ce que vous voyez, c'est le montant brut. Mais ce n'est pas ce qui reste dans votre poche à la fin du mois. Entre les cotisations sociales, la formation professionnelle, la CFE et vos frais réels, l'écart peut être rude. Voici comment calculer ce qui reste vraiment, étape par étape, sans vous faire surprendre.
Pourquoi le chiffre d'affaires n'est pas votre revenu net
Le régime micro-entrepreneur repose sur un principe simple : vous déclarez votre chiffre d'affaires (CA) chaque mois ou chaque trimestre, et l'Urssaf applique un taux forfaitaire pour calculer vos cotisations sociales. Ce taux varie selon votre activité : 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales (BIC), et 25,6 % pour les activités libérales non réglementées (BNC).

Ce forfait inclut l'assurance maladie, la retraite de base, les allocations familiales et la CSG-CRDS. Il ne couvre pas tout. Il faut ajouter la contribution à la formation professionnelle (CFP), qui va de 0,10 % à 0,30 % selon votre secteur. Et dès la deuxième année, la cotisation foncière des entreprises (CFE) s'ajoute, avec un montant qui dépend de votre CA et de votre lieu d'activité.
Votre revenu net avant impôt, c'est donc : CA – cotisations sociales – CFP – CFE – toutes vos dépenses professionnelles (matériel, loyer, transport, fournitures).
Les vrais taux à appliquer selon votre activité
Les chiffres officiels sont clairs, mais ils changent selon que vous optez ou non pour le versement libératoire de l'impôt. Voici un tableau récapitulatif pour y voir clair.
| Type d'activité | Taux cotisations sociales | Taux avec versement libératoire | CFP |
|---|---|---|---|
| Vente de marchandises (BIC) | 12,3 % | 13,3 % | 0,10 % |
| Prestations de services artisanales ou commerciales (BIC) | 21,2 % | 22,9 % | 0,30 % |
| Activités libérales non réglementées (BNC – SSI) | 25,6 % | Non précisé | 0,10 % |
| Activités libérales réglementées (BNC – Cipav) | 23,2 % | Non précisé | 0,20 % |
Ces taux s'appliquent sur le CA hors taxes (HT). Si vous bénéficiez de la franchise en base de TVA, votre CA TTC est égal à votre CA HT. Sinon, la TVA que vous facturez n'est pas à vous : vous la collectez et la reversez à l'État. Ne comptez jamais la TVA dans votre revenu.
Les charges que l'on oublie trop souvent
Le piège classique du micro-entrepreneur, c'est de confondre "ce qui reste après Urssaf" avec "ce que je peux dépenser". En réalité, plusieurs prélèvements viennent grignoter ce reste.
La contribution à la formation professionnelle (CFP)
Elle est prélevée en même temps que vos cotisations, directement sur votre déclaration. Le taux est faible (0,10 % à 0,30 %), mais il s'ajoute au taux principal. Sur un CA de 30 000 € en prestations de services artisanales, cela représente 90 € par an.
La taxe pour frais de chambre consulaire (TFCC)
Si vous êtes artisan ou commerçant, vous devez payer cette taxe à partir de la deuxième année. Son montant varie selon votre CA et votre secteur géographique. Comptez entre 50 € et 150 € par an en moyenne.
La cotisation foncière des entreprises (CFE)
Celle-là, beaucoup la découvrent avec surprise. Due dès la deuxième année, elle se calcule sur la valeur locative de votre local professionnel (ou de votre domicile si vous y exercez). Même avec un CA nul, vous devez la payer. Son montant peut aller de 200 € à plus de 1 000 € selon votre situation. Le simulateur de l'Urssaf ne l'intègre pas, ce qui fausse souvent l'estimation du revenu net.
Vos dépenses professionnelles réelles
Le régime forfaitaire ne vous permet pas de déduire vos frais réels du CA pour le calcul des cotisations. Mais cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas. Achat de matériel, abonnement internet, déplacements, assurance professionnelle, loyer d'un local… Tout cela sort de votre poche. Pour savoir si votre activité est viable, il faut les soustraire de votre revenu après cotisations.
Comment estimer votre revenu net : la méthode pas à pas
Prenez un exemple concret. Vous êtes prestataire de services (BIC), avec un CA mensuel de 3 000 € HT. Vous n'avez pas opté pour le versement libératoire.

- Calculez les cotisations sociales : 3 000 € x 21,2 % = 636 €.
- Ajoutez la CFP : 3 000 € x 0,30 % = 9 €.
- Soustrayez ces deux montants : 3 000 – 636 – 9 = 2 355 €.
- Déduisez vos frais professionnels mensuels : disons 400 € (abonnements, assurance, petit matériel, déplacements). Il reste 1 955 €.
- Ajoutez la CFE annuelle : si elle est de 400 € par an, cela fait environ 33 € par mois. Vous arrivez à 1 922 €.
- Enfin, l'impôt sur le revenu : si vous êtes imposé au barème classique, l'abattement forfaitaire de 34 % (pour les BIC) s'applique sur votre CA. Vous serez imposé sur 1 980 € par mois (3 000 – 34 %), et non sur 1 922 €. Le montant d'impôt dépend de votre taux marginal.
Au final, sur 3 000 € de CA, il vous reste environ 1 700 à 1 800 € selon votre situation fiscale. Loin des 2 355 € que vous imaginiez après l'Urssaf.
L'ACRE : une aide réelle mais à ne pas surestimer
Si vous créez votre micro-entreprise et que vous êtes éligible à l'ACRE (Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise), vous bénéficiez d'une réduction de 25 % sur vos cotisations sociales pendant un an (depuis la réforme 2026). Concrètement, le taux de 21,2 % passe à 15,9 % pour les prestations de services.
Attention : cette exonération est plafonnée. Elle s'applique jusqu'à 75 % du PASS (soit environ 34 000 € en 2026), puis diminue progressivement entre 75 % et 100 % du PASS, et disparaît au-delà. Elle ne couvre pas tout votre CA si vous dépassez ce seuil. Et elle ne concerne ni la CFP, ni la CFE, ni vos frais réels.
Les erreurs qui faussent votre calcul
La première erreur : oublier la CFE. Beaucoup de micro-entrepreneurs la découvrent au moment de payer, et elle peut représenter plusieurs centaines d'euros. Prévoyez une enveloppe annuelle dès le départ.
La deuxième : confondre chiffre d'affaires et revenu disponible. Un CA de 2 000 € par mois ne signifie pas que vous pouvez vivre avec 2 000 €. Après cotisations, frais et impôts, il peut ne rester que 1 200 à 1 400 € selon votre activité.
La troisième : négliger les frais professionnels récurrents. Un abonnement à un logiciel de facturation, une assurance responsabilité civile professionnelle, des frais de déplacement… Tout cela s'accumule. Tenez une comptabilité simple, même sur un tableur, pour suivre vos dépenses réelles.
Enfin, ne pas anticiper l'impôt sur le revenu. Si vous optez pour le versement libératoire, l'Urssaf prélève l'impôt en même temps que les cotisations (taux majoré). Sinon, vous devrez payer l'impôt l'année suivante. Mettez de côté chaque mois, même si vous ne savez pas encore votre taux d'imposition. Une règle prudente : 10 à 15 % de votre CA net d'Urssaf.
Utilisez les simulateurs officiels, mais avec un œil critique
Le simulateur de l'Urssaf (mon-entreprise.urssaf.fr) est un bon point de départ. Il calcule rapidement vos cotisations et votre revenu net après impôt si vous optez pour le versement libératoire. Mais il ne prend pas en compte la CFE ni vos dépenses professionnelles réelles. Son résultat est donc toujours optimiste.
Pour une estimation plus réaliste, utilisez un tableur ou un simulateur privé qui vous permet d'ajouter manuellement vos frais et la CFE. Vous pouvez aussi consulter un expert-comptable pour une première année, histoire de valider votre structure de coûts.
Une fois que vous avez une vision claire de votre revenu net réel, vous pouvez décider si votre tarif est suffisant. Si après toutes ces déductions il ne vous reste pas assez pour vivre, il est temps d'augmenter vos prix ou de réduire vos frais. Ne vous contentez pas du chiffre d'affaires : ce qui compte, c'est ce qui reste après tout le monde.



