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Sébastien Forest « En France on a une jeune génération d’entrepreneurs extrêmement talentueuse, ambitieuse et motivée »

Publié le Mercredi 30 Mars 2016

Sébastien Forest a été le premier entrepreneur français à mettre en relation restaurateurs et clients via internet en 1998. © Eat online

«Rendre service à la société par ses innovations », telle est la motivation première de Sébastien Forest, le fondateur d’Alloresto, la start-up qui a ouvert le marché de la livraison à domicile par internet à la fin des années 1990. Désormais Business Angel, il nous livre une vision inspirante de l’entrepreneuriat en France et n’élude aucuns sujets. De la quasi-faillite  de son entreprise en 2002 à ses nouveaux projets en tant que Business Angel, Sébastien Forest nous dévoile son parcours et  ses meilleurs conseils pour réussir dans l’ hexagone.

Sébastien Forest bonjour, comment allez-vous et comment vivez-vous votre nouveau rôle en tant que Business Angel ? 

J’adore ce nouveau rôle car je suis quotidiennement au contact de l’innovation et de la création par l’intermédiaire des start-ups pour lesquelles je me suis engagé. Je les sélectionne d’ailleurs précisément car je ne souhaite pas seulement m’impliquer financièrement mais aussi faire profiter de ma connaissance, mon regard et mon expérience du e-commerce et des nouvelles technologies. C’est passionnant car il y a énormément de diversité dans les thèmes abordés par les start-ups. Chaque jour je voyage à leur contact et je découvre des univers passionnants. Et cette nouvelle activité me laisse plus de temps pour profiter de ma famille car en 17 ans de start-up je n’ai pas eu beaucoup de place pour cela.

Quelle était votre motivation première en créant Alloresto : L’aventure, la notoriété, le profit, la création d’emplois, l’indépendance… ?

J’ai tout de suite su que je m‘éclaterai dans la création d’entreprise, je n’ai jamais eu de doutes. J’ai d’ailleurs eu ma première velléité de création d’entreprise vers 13-14 ans. Je savais que je devais innover : partir d’une idée qui au final rendrait service à des millions de personnes. La vraie récompense c’est de rendre concrète une idée innovante et que celle-ci servent un maximum de gens par la suite ! En 18 ans de carrière j’ai croisé beaucoup de gens qui m’ont dit que j’étais fou, d’autres l’ont pensé très fort et malgré ça la multiplication des services proches d’Alloresto aujourd’hui montre qu’il y avait un réel besoin et un marché. Mais quand on innove on s’expose aux railleries, on prend des coups. Cela aura été beaucoup plus simple d’ouvrir une boulangerie !  

« A un moment je dormais sur un lit de camp dans un cagibi »


Après l’éclatement de la bulle internet en 2002, Alloresto a dû procéder à une restructuration drastique en passant de 30 à 3 salariés, à ce moment quelle fut le levier qui vous a permis de continuer à croire au projet ?

C’est une bonne question. Nous avons commencé par faire une réunion avec un ami pour faire un état des lieux. Il fallait que ce soit froid et dépassionné et il a ainsi fallu que je débranche l’égo et l’orgueil car la continuité d’Alloresto était en jeu et son salut passait par une étude approfondie de la situation. Cela induisait des risques financiers supplémentaires et je ne voulais pas mettre en péril mon avenir à n’importe quel prix. Alors on a fait quelques constats : tout d’abord, on en a conclu qu’il fallait que nos clients commandent au moins une fois tous les 3 mois et ensuite qu’on devait doubler notre volume d’affaires.



Par ailleurs, on s’est rendu compte qu’Alloresto c’était avant tout 3 choses : un réseau de restaurateurs qui nous fait confiance, une technologie qui tourne et des clients qui ne sont pas assez nombreux mais qui apprécient le service et qui sont fidèles. Notre constat a été qu’il fallait mieux fidéliser nos clients. On a donc fait un sondage, auquel un grand nombre de nos clients a répondu, et qui nous a donné des pistes très intéressantes pour le futur. Premièrement : il fallait que l’on donne notre avis sur les restaurants, mais cela n’étant pas possible, car notre business model prévoyait une rémunération par commission, on ne pouvait donc pas mal noter les restaurants. L’idée m’est donc venue de demander l’avis des clients sur les restaurants. Voilà comment on a inventé l’un des standards du e-commerce d’aujourd’hui. La norme française actuelle sur la notation des restaurants reprend même ce que l’on avait édicté en interne en 2003.

« C’est viscéral, créer des boites c’est ce que j’aime faire »

Avec le recul, quels ont été les principaux ingrédients de la réussite d’Alloresto et si c’était à refaire que changeriez-vous ?

Tout d’abord, de la ténacité car pendant ces 17 ans j’ai vécu certaines expériences vraiment difficiles. Quand vous licenciez 27 personnes, que vous vous retrouvez à 3 dans une salle de réunion avec des gens qui viennent acheter vos meubles, cela nécessite d’être réellement tenace. De plus, à titre personnel, j’ai été hébergé par une amie à ce moment-là car je ne pouvais plus me payer, je dormais sur un lit de camp dans un cagibi. D’autre part, l’amour des clients fut également un ingrédient crucial de notre réussite car, notamment lors de notre restructuration, c’est en écoutant nos clients par l’intermédiaire du fameux sondage que nous avons réussi à nous sortir de cette mauvaise passe. Enfin, le 3ème ingrédient est assurément l’innovation, l’inventivité et la créativité dont nous avons fait preuve. C’est notamment le développement de réels programmes de fidélité, qui n’existaient pas vraiment à l’époque, et l’invention des « avis clients » qui ont été à l’origine de notre succès.    

Seriez-vous prêt à remettre le couvert en créant un nouveau projet « from scratch » ?

Bien sûr, j’ai fait un choix de vie pour les deux prochaines années en faisant une pause pour rester avec ma famille. Mais cela nécessite d’éviter de stimuler ma fibre entrepreneuriale et c’est difficile car cela me démange. Et malgré cela, il m’arrive tout de même de créer des Business Plan dans ma tête pendant les vacances et que cela m’empêche de trouver le sommeil. C’est viscéral, créer des boites c’est ce que j’aime faire ! Mais la prochaine fois j’aimerai peut être me lancer dans un projet plus culturel, peut être un film ou un documentaire.  

Qu’est ce qui fait la différence entre un bon et un mauvais entrepreneur ?  

Je n’en sais rien, mais pour moi entreprendre va de pair avec innover, c’est le type d’entrepreneuriat qui me séduit. Pouvoir se dire « j’avais bien compris le monde et le sens qu’il prenait et mon innovation a rendu service à la société ». La volonté de créer de la richesse dans mon pays est également prépondérante pour moi. Etre à l’initiative de l’émergence d’écosystèmes, tels que des incubateurs ou des pépinières à start-ups, est également très intéressant car on a plus de chance de trouver des idées qui vont révolutionner le monde dans ce type d’environnement.

Que pensez-vous de la politique menée par le gouvernement pour favoriser l’émergence de Start-ups en France ?  

Je les encourage à aller encore plus loin !  Aujourd’hui la France a la chance d’avoir une jeune génération d’entrepreneurs extrêmement talentueuse, ambitieuse et innovante et je suis persuadé qu’il faut tout faire pour leur faciliter les choses. Ce n’est pas 1 ou 2 points de croissance en plus qui va vraiment créer de l’emploi. C’est plus certainement les entreprises qui prennent des risques et des initiatives et qui vont connaitre un certain succès qui créeront de l’emploi en se développant. Il faut libérer les initiatives ! Par ailleurs, les schémas fiscaux sont incitatifs en France, nous ne sommes pas terriblement en retard la dessus comme certains peuvent le dire. Le plus problématique c’est que la fiscalité donne l’impression de pouvoir changer tous les deux ans et cela est préjudiciable, notamment en termes de visibilité.

Que pensez-vous de cette phrase du patron de Cisco John Chambers qui déclarait il y a peu "Je crois en la France. Je vois un pays au bord d'une profonde transformation. […] L'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Inde... […] sont en train de marcher dans les pas de la France, […] Je pense que la France, c'est l'avenir »

Vous prêchez un convaincu, j’ai commencé comme ça. En tant que Business Angel je rencontre des jeunes entrepreneurs passionnants, ambitieux et créatifs travaillant sur tout un tas de thématiques très dépaysantes et intéressantes. On a un vrai savoir-faire en France et on commence à avoir des licornes (ndlr : start-ups valorisées à plus d’1 mds US$) qui montrent la marche à suivre. Ma génération d’entrepreneurs n’a pas eu cette chance. La France a un potentiel monumental et en tant que Business Angel j’essaye justement de mettre mon parcours et mes connaissances de l’entrepreneuriat au service de ces jeunes porteurs d’idées ! Certain sont désespérés par la situation de la France, mais moi pas du tout !



Que faut-t-il améliorer, selon vous, pour que la France devienne une réelle référence en termes d’innovation ?

Tout d’abord il faut remarquer que beaucoup de politiques ont des stratégies qui visent à noircir le tableau alors qu’on est un pays extrêmement inventif. On a des compétences technologiques super poussées, surtout pour les jeunes générations, un savoir-faire important, une culture très riche, et ce, malgré les postures politiciennes qui disent le contraire. Il faut faire confiance aux entrepreneurs français car ils sont très talentueux et créatifs. Le french bashing et la morosité de l’économie tiennent aussi à une méconnaissance de qui nous sommes er de ce que l’on peut faire. Il y a beaucoup de travail et rien n’est gagné d’avance mais on part tout de même sur des bases solides.

Vous qui louez un nouveau type de management basé sur « L’amour », « le développement de l’esprit entrepreneurial » et « la création de lien entre les collaborateurs », quelles chances de survie donnez-vous aux entreprises qui conserveront un management de type « Top/down » et ne s’adapteront pas aux générations Y puis Z ?  

Durant les 17 ans de ma carrière d’entrepreneur j’ai vu des évolutions très significatives concernant les méthodes de travail et de management et cela a tendance à s’accélérer avec les nouvelles générations. Aujourd’hui la notion de deal est très présente avec l’émergence de questions telles que : Qu’est-ce que tu m’apportes ? Est-ce-que je vais grandir en venant travailler chez toi ? Et ce mouvement va prendre de l’ampleur car, avec les réseaux sociaux, ces générations maitrisent le plus grand influenceur du monde, et cela permet la diffusion des informations à une vitesse incroyable. Les boites qui l’ont compris seront beaucoup plus performantes car ces générations qui sont des futurs collaborateurs sont aussi des futurs clients. Ne pas faire l’effort de comprendre ces générations va mener à termes à s’éloigner de ce qui fait vibrer les jeunes générations et du même coup de se priver de pans entiers de clients. Je suis convaincu que d’ici 3 à 5 ans les entreprises qui n’auront pas intégré ces schémas-là seront beaucoup moins performantes que les autres car elles se priveront des meilleurs éléments.

Quel est l‘entrepreneur qui vous inspire le plus ?

J’aime bien Richard Branson (entrepreneur britannique ayant notamment fondé la marque Virgin). J’aime aussi beaucoup la folie romantique  de l’écrivain Alexandre Jardin.

Enfin, quel est le compte twitter que vous suivez le plus actuellement?

Frenchweb, techcrunch et justement Richard Branson.

Propos recueillis par Nathanaël Fattier

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